Les Mines de Soumont

 
 

 

Connu depuis longtemps pour son potentiel ferrifère, le synclinal de Soumont-Urville n'est exploité significativement qu'à l'aube du XXème siècle.
Bien que les premières tentatives d'extraction du minerai de fer aient eu lieu à Urville au cours du XIX
ème siècle, c'est à Saint-Germain-le-Vasson que démarre l'activité minière en 1899. Cette année là, débutent les travaux de reconnaissance et d'installation préparatoires à la future extraction, sur un petit herbage proche du bourg du village : le carreau des Fontaines. Le chevalement, matérialisation aérienne du puits, y est érigé en 1903.
Parallèlement, à quelques kilomètres de là, est accordée la Concession de Soumont-Saint-Quentin (1902), sur une superficie de 773 hectares, marquant la naissance de la plus grande mine de fer de l'Ouest.
Pendant que les travaux d'aménagement se poursuivent sur le carreau de Soumont, une vingtaine d'ouvriers remontent les premières tonnes de minerai à Saint-Germain. Un minerai riche -du carbonate oxydé- qui garnit les couches superficielles du gisement et qui est expédié au port de Caen via la ligne de tramway. L'exploitation, confiée à la Société des Mines de Barbery, reste rudimentaire mais embauche une quarantaine de mineurs jusqu'en 1907 où un important coup d'eau noie la quasi-totalité des installations qui doivent être abandonnées.
Sur le carreau de Soumont, la production commence, organisée par la S.M.S. (Société des Mines de Soumont) qui vient d'être constituée. En 1912, 320 ouvriers travaillent dans les chantiers jusqu'à moins 95 mètres.
A Saint-Germain-le-Vasson, des moyens techniques plus conséquents sont enfin parvenus à dénoyer les galeries qui sont curées et bientôt réouvertes. Simultanément, un nouveau chantier d'exploitation voit le jour au Livet (acheté par la Société juste avant le coup d'eau), en plein coeur de la vallée de la Laize. Le site présente l'avantage du percement des galeries à flanc de coteaux, permettant l'écoulement naturel des eaux d'exhaure. On construit également six fours à griller (deux aux Fontaines et quatre au Livet) pour enrichir le minerai extrait (un carbonate beaucoup plus pauvre que celui qu'on trouvait dans les couches superficielles). Pour désenclaver le Livet, une liaison ferroviaire est réalisée jusqu'à Urville, par où est évacuée la production.
A la veille de la Première Guerre mondiale, l'industrie minière semble en plein essor dans le synclinal. Cette expansion rapide modifie d'ailleurs brutalement la physionomie de petites communes rurales ancestralement agricoles. L'arrivée massive de populations ouvrières entraîne la construction, par les compagnies, de véritables cités minières. Entre 1908 et 1916, pratiquement 400 logements sont réalisés pour les mineurs et leurs familles, sur les communes de Potigny, Saint-Germain-le-Vasson et Soumont-Saint-Quentin.
Mais avec le début du conflit mondial et parce qu'on découvre que des capitaux allemands ont investi l'actionnariat des principales exploitations de la région, les sociétés des mines de Soumont et de Barbery sont placées sous séquestre. Il y avait alors 500 ouvriers à Soumont et 160 à Saint-Germain.
Pourtant, contrairement à d'autres sites, Soumont reprend son activité dès 1916. Les embauches sont à nouveau massives et de lourds investissements complètent l'équipement et modernisent l'exploitation (construction de trois fours à griller, réalisation de la ligne de chemin de fer jusqu'à la Société Métallurgique de Normandie -achevée en 1920). La production entame un formidable développement et draine vers nos communes deux grandes vagues d'immigrants. Alors que la première (1912-1913) était essentiellement composée d'une main-d'oeuvre méditerranéenne qui ne s'est pratiquement pas fixée, la seconde (1928-1929) est principalement constituée de Polonais dont beaucoup s'installent définitivement, illustrant ainsi un des plus beaux exemples d'intégration à l'échelle locale. Sur le millier d'ouvriers que compte désormais la Mine de Soumont, la main-d'oeuvre slave représente les trois quarts du personnel.

Après quelques difficultés liées aux suites de la Crise de 1929, la S.M.S. poursuit son expansion et enrichit son patrimoine, notamment en absorbant la société qui avait repris
l'exploitation sur le carreau du Livet en 1924. En 1936, Soumont et Saint-Germain sont reliées par une galerie et -jusqu'à la fermeture- l'histoire des deux mines va se confondre. A la fin des années 1930, la production annuelle approche le million de tonnes.
Malgré le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, la Mine fonctionne normalement jusqu'en juin 1940, date de la capitulation de l'armée française et du début de l'occupation allemande, événements qui entraînent l'arrêt de l'exploitation. Les ouvriers contraints au chômage vont travailler dans les fermes voisines ou bien à la mine de charbon de Littry. D'autres, pour échapper au S.T.O., partent à la mine d'Escaro, dans les Pyrénées. L'activité reprend tout de même en janvier 1941 et se maintien à un rythme ralenti jusqu'au 25 juillet 1944, date à laquelle le personnel reçoit l'ordre d'évacuer. Les bombardements, qui font rage dans la région durant l'été, n'épargnent pas le carreau de Soumont dont le chevalement et les fours sont sérieusement endommagés, tandis que le château d'eau (des fours) est rasé et que presque toutes les voies du chemin de fer minier sont détruites.
Après réparation des installations et dénoyage des chantiers, l'extraction reprend en mai 1947 avec une intensité volontairement réduite car directement dépendante de la reconstruction des hauts-fourneaux de la S.M.N., seulement achevée en 1950. Une reprise lente et chaotique contrariée dès 1951 par un spectaculaire coup d'eau qui noie plusieurs étages et n'est enrayé qu'au bout de trois mois de travaux intensifs. Pourtant, dès lors, les années à venir vont être caractérisées par le véritable essor de la Mine. Cette prospérité se traduit par une forte augmentation de la production, l'extraction retrouvant son tonnage d'avant-guerre en 1955. A cette époque, le carreau du Livet qui, depuis son rachat, revêt une importance secondaire dans le fonctionnement de la mine de Soumont, est modernisé pour permettre la descente du personnel. On y réalise la descenderie par cage (moins 250 mètres), la salle des compresseurs et les douches, ainsi que la cimentation du lit de la rivière (pour réduire les infiltrations dans les chantiers). Le million de tonnes de minerai extrait à Soumont est atteint à la fin des années 1950.
En 1960, démarre le creusement du puits d'Aisy sur le troisième carreau dont s'est dotée la S.M.S.. Il s'agit d'un ouvrage vertigineux de 560 mètres de profondeur, surplombé d'une tour d'extraction de plus de 30 mètres. A son entrée en service, dix ans après le début du chantier, on y remonte le minerai à partir de l'étage 475. Ce nouvel équipement est accompagné, à partir de 1973, par l'arrivée de la mécanisation qui accroît la productivité de façon spectaculaire. Soumont devient véritablement une "mine moderne" et, en 1975, parce qu'il faut acheminer au fond de gigantesques engins de foration et de chargement, on creuse au Livet une descenderie routière (3 km d'une pente à 20%) qui permet la descente du personnel, le trafic des gros matériels et les approvisionnements du fond, jusqu'à 650 mètres sous terre.
Ces nombreux investissements, qui comptent autant de prouesses techniques, masquent pourtant difficilement la crise de la sidérurgie qui, depuis 1962, a progressivement raison des autres exploitations de la région (Dièlette, May-sur-Orne, Saint-Rémy-sur-Orne, Urville, La-Ferrière-aux-Etangs). C'est uniquement grâce au débouché privilégié de la S.M.N., à laquelle son sort est définitivement scellé, que Soumont parvient à surmonter la conjoncture économique.
Un lien qui entraîne pourtant sa mort avec l'annonce, en 1988, du passage de l'usine métallurgique à la "filière hématite", signifiant l'utilisation de minerais étrangers plus riches en remplacement du carbonate de fer.

Soumont, privée de client, cesse son activité le 28 juillet 1989, après plus de 80 ans d'histoire.